
RDC-Rwanda : Du déni à l’aveu, une lecture politico-juridique de Julien Paluku Kahongya
TRIBUNE. Dans le numéro 003 du 25 janvier 2026, Julien Paluku Kahongya, figure politique de premier plan en République Démocratique du Congo, analyse les conséquences de la récente déclaration de l’ambassadeur rwandais à Washington. Entre changement de cadre légal et plan de balkanisation, l’examen est sans compromis.
Le 22 janvier 2026, le Rwanda an mis fin à plus de trois décennies de silence, s’exprimant par l’intermédiaire de son Ambassadeur à Washington, Mathilde Mukantabana. En déclarant officiellement que « le Rwanda collabore avec l’AFC/M23 en matière de sécurité » pour la « protection des Tutsis en RDC contre les FDLR », Kigali vient de franchir un rubicon diplomatique.
Pourquoi cet aveu maintenant ?
Cette affirmation ne fait que corroborer les éléments de preuve indiscutables rassemblés par le Groupe d’experts des Nations Unies (2024-2025) : images satellites, missiles sol-air, effectifs supérieurs du bataillon RDF comparés au M23. Pour Julien Paluku, cette transition du déni vers la confession s’interprète par :
– L’impossibilité de nier : Face à l’accumulation de preuves techniques accablantes, le mensonge n’était plus tenable.Changement de doctrine : Le Rwanda tente de passer du statut d’agresseur caché à celui d’acteur sécuritaire « assumé ».
– Pression internationale : Sous le poids des menaces de sanctions des USA et de l’UE, cet aveu pourrait servir de monnaie d’échange pour négocier une sortie de crise.
Le changement de paradigme juridique : En route vers une responsabilité intégrale de l’État.
Dans le domaine du droit international, les répercussions sont d’une ampleur sismique.Julien Paluku met l’accent sur deux aspects importants :
– Qualification du conflit : L’intervention directe d’un État tiers aux côtés d’une rébellion transforme le conflit en Conflit Armé International. Contrairement à l’aide de l’Ouganda (sollicitée par le gouvernement congolais), le soutien rwandais au M23 engage la responsabilité internationale de l’État rwandais.
– La jurisprudence Tadic : En s’appuyant sur l’arrêt Tadic, Paluku rappelle que le soutien logistique et la direction stratégique suffisent à attribuer les massacres et pillages du groupe armé à l’État protecteur. Cet aveu clôt définitivement le débat et ouvre la voie à la Cour Internationale de Justice (CIJ) pour l’obtention de réparations financières colossales, sur le modèle du précédent ougandais.
L’écroulement du « bouclier moral » de Kigali
Pendant 32 ans, le Rwanda a utilisé le capital de culpabilité internationale lié au génocide de 1994 comme une rente diplomatique. Pour l’analyste, ce tournant pourrait marquer la fin de cette impunité et entraîner :
– La perte de crédibilité internationale.
– La révocation possible des troupes rwandaises des missions de maintien de la paix de l’ONU.
Le piège de la balkanisation et le miroir aux alouettes ethnique
Julien Paluku avertit contre le discours de Paul Kagame qui cherche à instaurer en RDC un système de quotas ethniques. En plaidant pour la sauvegarde d’une certaine ethnie, Kigali tente de fragmenter la population congolaise et d’asseoir une présence pérenne.
« Si l’objectif était réellement l’élimination des FDLR, cette menace n’existerait plus depuis longtemps, compte tenu des dix années d’occupation cumulées par le Rwanda et ses alliés (RCD, CNDP, M23) depuis 1998 », martèle-t-il.
Un projet de balkanisation voué à l’échec
L’analyse conclut sur une note de fermeté : l’actuelle guerre a pour but la balkanisation de la RDC, mais « ça ne passera pas ». Julien Paluku applaudit l’initiative du Président Félix-Antoine Tshisekedi d’avoir mis la pression sur le « voisin », ce qui a conduit le ver à sortir du nez. Une question demeure, cinglante, pour ceux qui ont rejoint les rangs de l’agresseur : « Que deviennent ces Congolais qui se sont greffés sur une guerre dont ils ignorent tout ? »
