
Devant l’écart préoccupant entre les tarifs globaux et la situation sur le terrain en République Démocratique du Congo (RDC), Julien Paluku Kahongya, Ministre du Commerce Extérieur, a pris la parole ce mercredi devant l’Assemblée Nationale. En réponse à l’interrogation d’actualité posée par le député Elie Kambale Musavuli Vughumawa, le ministre a établi un constat sans concession de l’industrie tout en esquissant les orientations pour la sauvegarde des producteurs locaux.
L’écart est saisissant et pénible pour les producteurs de cacao en RDC. Tandis qu’il se vendait presque 11 dollars américains le kilogramme en décembre 2024, ce prix a chuté à 5,85 dollars en décembre 2025, et aujourd’hui, il a atteint un point critique de 3,09 dollars. Cette diminution, plus marquée en RDC que dans d’autres endroits, met en péril des milliers de foyers dans les zones de culture.


Plusieurs facteurs externes ont été relevés par le Ministre, incluant l’excédent de production mondial pour la saison 2025-2026, la crise énergétique en Europe influençant la demande et l’épuisement du duopole Côte d’Ivoire-Ghana, dont la stratégie de régulation conjointe a révélé ses défaillances face à la spéculation sur les marchés boursiers.
Toutefois, Julien Paluku a souligné trois motifs internes propres à la RDC :
- La dislocation de l’offre : Le manque de réseau entre les coopératives laisse l’agriculteur seul face aux acheteurs, le dépouillant de toute capacité à négocier collectivement.
- Le manque de qualité et de transformation : Le cacao est fréquemment commercialisé « brut », sans une fermentation appropriée et parfois contaminé par des impuretés, ce qui conduit systématiquement à des réductions de prix imposées par les acheteurs.
- La difficulté logistique : L’absence d’infrastructures de stockage et de transport contraint les agriculteurs à vendre leurs récoltes à bas prix dans les centres commerciaux pour prévenir leur décomposition.
Le gouvernement, qui rejette une gestion stricte des prix susceptible de favoriser la fraude transfrontalière, opte pour une approche de marché structurée en trois points principaux :
- Stratégie de diversification proactive des marchés : Viser de nouvelles opportunités (Chine, Émirats Arabes Unis, Royaume-Uni) et maximiser les bénéfices de l’AGOA vers les États-Unis pour bénéficier d’une exonération des droits de douane.
- Conformité en termes de qualité : Intensifier la formation en matière de normes sanitaires et phytosanitaires. L’ambition est d’acquérir des certifications qui permettent un accès direct aux grands chocolatiers, sans avoir à passer par des intermédiaires spéculatifs.
- Augmentation des capacités de transformation : Promouvoir la transformation locale afin de saisir davantage de valeur ajoutée et d’améliorer le pouvoir de négociation des producteurs.


Pour conclure, Julien Paluku a annoncé une vaste campagne de sensibilisation dans les principaux centres de production tels que Beni, l’Ituri et le Grand Équateur. Cette initiative vise à accompagner les producteurs dans leur passage à une filière plus résiliente et mieux rétribuée.

Le Ministre a mis en évidence l’importance de l’ANAPEX (Agence Nationale pour la Promotion des Exportations) et l’inclusion de la RDC dans l’Organisation Internationale du Cacao (ICCO). La transition vers le cacao aromatisé constitue une chance considérable : tandis que le prix du cacao standard tourne autour de 3 000 dollars la tonne, celui du cacao spécialisé peut grimper jusqu’à 10 000 dollars.
La Rédaction.
