
Lors d’un briefing de presse tenu ce lundi 18 mai aux côtés du ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, le Dr Samuel Roger Kamba, s’est voulu rassurant mais ferme face à la résurgence de l’épidémie d’Ebola dans la province de l’Ituri. Bien que la souche identifiée, le virus “Ebola Bundibugyo” soit moins létale que la redoutable souche Zaïre, elle pose des défis de taille en raison de l’absence de vaccin spécifique et de diagnostics parfois tardifs.
La République Démocratique du Congo fait face à sa 17e épidémie de virus Ebola, localisée principalement dans la province de l’Ituri. Devant les professionnels des médias, le Dr Roger Kamba a tenu à envoyer un message de sérénité quant aux capacités de réponse du pays, tout en détaillant la stratégie de riposte mise en place par le gouvernement et ses partenaires.
Face à l’inquiétude légitime de la population, le ministre de la Santé a rappelé que la RDC possède une expérience inégalée dans la gestion de cette maladie :
« Nous sommes à la 17e épidémie d’Ebola. Cela veut dire que nous avons l’expertise de la prise en charge de cette maladie. Une expertise reconnue au niveau mondial. D’ailleurs, le diagnostic d’Ebola, c’est nous-même. Ebola, c’est le nom d’une rivière de chez nous. Nous connaissons très bien la maladie et, avec l’expérience, nous mettons immédiatement en place tous les protocoles requis. »
Le Dr Roger Kamba a également précisé que la souche « Bundibugyo » actuellement active est intrinsèquement moins létale que la souche « Zaïre ». Cependant, cette variante s’avère complexe à gérer sur le plan médical : il n’existe actuellement aucun vaccin ni traitement thérapeutique spécifique homologué pour la souche Bundibugyo. La prise en charge repose donc essentiellement sur des traitements de support, d’où l’importance cruciale d’un diagnostic précoce.

L’un des principaux obstacles à la riposte rapide réside dans la nature même des symptômes de la souche Bundibugyo, souvent moins spectaculaires que ceux d’Ebola Zaïre.
« Ebola Zaïre est très spectaculaire : il y a des hémorragies partout et une très forte fièvre. Bundibugyo, en revanche, peut donner des signes moins marqués au début », a expliqué le ministre. Fatigue, fièvre, courbatures, vomissements : ces symptômes s’apparentent à s’y méprendre à ceux de la malaria ou d’une grippe sévère. En l’absence de saignements immédiats, le diagnostic traîne, facilitant la propagation du virus au sein des communautés.
Ce retard de diagnostic a été amplifié en Ituri par des rumeurs de nature mystique. Suite au décès suspect d’un couple, les communautés locales ont évoqué un « phénomène cercueil », attribuant ces morts à de la sorcellerie.
« J’étais sur place pour essayer de comprendre la situation. Ces fausses croyances ont retardé le recours au système de santé de référence. Les gens pensaient qu’il fallait gérer cela avec des tradi-praticiens ou des sorcières. Mais dès que l’alerte a été donnée, nos équipes ont été déployées pour une prise en charge immédiate », a martelé le Dr Roger Kamba, rappelant avec force : « Ce n’est pas une maladie mystique. »
Le ministre a insisté sur trois règles fondamentales de prévention pour stopper l’épidémie :
- Éviter les contacts physiques : Ebola ne se transmet pas par l’air, mais uniquement par contact direct avec les fluides corporels (sang, salive, vomissures, etc.) d’une personne infectée ou suspecte.
- Des enterrements dignes et sécurisés : Les dépouilles des personnes décédées d’Ebola restent extrêmement contagieuses. Les rites funéraires traditionnels impliquant la manipulation des corps doivent impérativement être suspendus dans les zones touchées. Ce sont des équipes spécialisées qui se chargent des enterrements sécurisés.
- Surveiller l’alimentation et la faune : Le réservoir du virus étant animal, il est strictement déconseillé de consommer de la viande de brousse ou de manipuler des animaux retrouvés morts dans la forêt. Les aliments doivent également être bien cuits.
Sur le terrain, la riposte s’organise rapidement. Le gouvernement a annoncé le déploiement d’équipes médicales d’urgence et l’installation de centres de traitement d’Ebola (CTE) dans les foyers de l’épidémie en Ituri, notamment à Bunia, Rwampara et Mongbwalu. Ces structures permettront d’isoler rapidement les malades afin d’interrompre la chaîne de contamination et de leur administrer les soins de support nécessaires.
Sur le plan épidémiologique, la situation fait l’objet d’un suivi rigoureux. « Nous avons enregistré 131 décès dans les zones touchées, mais tous ne sont pas forcément attribuables à Ebola. Ce sont des cas suspectés, et des enquêtes biologiques et épidémiologiques sont en cours pour établir avec précision lesquels sont réellement liés à la maladie », a nuancé le ministre de la Santé.
Pour mener à bien cette bataille sanitaire, la RDC n’est pas seule. Le Dr Roger Kamba a rassuré l’opinion publique sur l’appui technique et logistique de partenaires internationaux de premier plan, parmi lesquels l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC). Le gouvernement appelle désormais à la pleine collaboration de la population pour signaler rapidement tout cas suspect et sauver des vies.
La Rédaction.
