Crise humanitaire à Beni : L’ACDIP tire la sonnette d’alarme sur un système de santé « agonisant » et exhorte à une action significative de l’État

Devant l’arrivée massive de personnes déplacées fuyant l’insécurité dans le Nord-Kivu, l’Alliance Congolaise pour la Défense des Intérêts du Peuple (ACDIP) a soumis une requête urgente au Ministre de la Santé Publique, Hygiène et Prévention le mardi 25 mars. Le parti donne l’alerte : avec une population qui a multiplié par deux en seulement deux ans, le système de santé de la ville de Beni se trouve à la limite d’un effondrement complet.

Autrefois un centre commercial tranquille, la ville de Beni s’est transformée en une véritable « ville refuge » sous contrainte. D’après les statistiques de la zone de santé de Beni pour janvier 2026, on dénombre maintenant près de 700 000 résidents, dont plus de 150 000 réfugiés du conflit. Cette croissance démographique, qui va bien au-delà d’un simple pourcentage, représente une tragédie humaine en cours dans les centres médicaux de la région.

Selon une note rédigée par son Président National, M. Mumbere Kisalu Wa Kasimba Jonas, l’ACDIP présente un état des lieux préoccupant : l’Hôpital Général de Référence (HGR) et les centres de santé opèrent actuellement à une capacité dépassant entre 150 % et 200 % de leur capacité initiale.

« Les malades y sont soignés dans des conditions précaires, souvent sur des matelas posés à même le sol, dans une promiscuité qui favorise la contagion », souligne le document. Le plaidoyer révèle également que 65% des interventions chirurgicales et à l’explosion des maladies hydriques liées au manque d’eau potable et des infrastructures d’hygiène dans les sites et/ou parcelles d’accueil.

Pour des milliers de familles qui ont tout laissé derrière elles, obtenir des soins est devenu un privilège hors de portée. L’ACDIP considère que le système de soins payant représente une « sentence de mort » pour ces personnes déplacées sans moyens. Bien que certaines prises en charge soient gratuites via les projets du CICR ou de MSF, l’accès global aux soins de santé reste limité par la pauvreté.

Pour prévenir une crise humanitaire sans retour, l’ACDIP appelle le gouvernement à intervenir sans délai sur cinq points clés prioritaires :

  1. La gratuité des soins d’urgence : Établir une zone de gratuité spécifiquement destinée aux personnes déplacées et à la population hôte vulnérable.
  2. Fonds spécial de contingence : Prévoir des ressources pour l’acquisition massive de médicaments indispensables et l’édification d’un deuxième Hôpital Général de Référence, de préférence dans la municipalité de Mulekera.
  3. Appui au personnel de santé: Accorder des primes de risque et automatiser d’urgence les agents de santé confrontés à une pression physique et psychologique intense.
  4. Sécurisation des infrastructures : Assurer la sécurité des centres de santé et du personnel fréquemment visés lors d’attaques armées en périphérie.
  5. Investissement dans les projets d’eau et d’assainissement (WASH) : Effectuer des forages d’eau de toute urgence pour éviter une épidémie de choléra susceptible d’immobiliser l’ensemble de la région.

« L’accès aux soins à Beni n’est plus une question technique, c’est une question de survie nationale », conclut M. Mumbere Kisalu Wa Kasimba Jonas. Le parti propose aussi d’inclure la ville de Beni en priorité dans la seconde étape du Programme de Développement des 145 Territoires (PDL-145T) et exige l’instauration rapide d’une « caravane médicale » gouvernementale pour soulager les infrastructures locales surchargées.

Bien que la note ait été transmise en copie au Président de la République et la Première Ministre, les résidents de Beni espèrent maintenant un message clair de Kinshasa pour éviter que leur ville refuge ne se transforme en vaste cimetière à ciel ouvert.

La Rédaction.

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