RDC : Félix Tshisekedi convoque un Dialogue national « sélectif » pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État

Dans une allocution solennelle retransmise ce jeudi depuis le Palais de la Nation, le Président de la République Démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, a officiellement annoncé le lancement d’un « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Ce processus politique et social, prévu pour durer trois mois maximum, vise à sortir le pays du cycle récurrent d’incursions et de crises institutionnelles tout en jetant les bases d’un État durable.

Prenant la parole face à une nation éprouvée par plus de trente ans de conflits armés dans sa partie orientale, le chef de l’État congolais a dressé un bilan lucide des tentatives passées de résolution de crises. De la Conférence Nationale Souveraine aux accords de Sun City, Félix Tshisekedi a reconnu que si ces forums ont pu éviter l’effondrement total de la Nation, ils n’ont pas su enrayer la résurgence récurrente des tensions et des guerres.

L’interrogation centrale formulée par le Président touche le cœur de la gouvernance congolaise : « Pourquoi, soixante-six ans après l’indépendance, notre pays reste-t-il confronté aux mêmes fragilités ? » Pour y répondre, Félix Tshisekedi a pointé trois erreurs de méthode commises au fil des décennies :

  1. Les crises ont souvent débouché sur un simple partage de postes entre acteurs politiques au lieu de renforcer les institutions pérennes.
  2. La plupart des négociations sont demeurées des arrangements au sommet, déconnectés de la réalité quotidienne des citoyens.
  3. La signature d’accords a trop souvent été confondue avec l’action concrète, sans mécanismes rigoureux de suivi.

Tout en appelant à l’introspection nationale, Félix Tshisekedi a tenu à lever toute ambiguïté sur la situation sécuritaire dans l’Est du pays. Reconnaître les faiblesses internes ne signifie pas, selon lui, dédouaner les agresseurs extérieurs.
Rappelant les résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité des Nations Unies, le Président a réaffirmé que la RDC subit une agression étrangère caractérisée par l’occupation illégale d’une partie du territoire et le pillage systématique de ses ressources par l’armée rwandaise et ses supplétifs armés.

Rejetant l’impunité, le chef de l’État a réitéré des exigences fermes : le retrait effectif des forces étrangères, la fin de tout soutien aux groupes armés et le rétablissement de l’autorité de l’État. Il a également salué le courage des Forces armées de la RDC (FADC), de la Police nationale et des résistants patriotes Wazalendo.

Félix Tshisekedi a précisé que ce nouveau forum interne ne viendra pas remplacer les mécanismes diplomatiques déjà en cours :

  • Le processus de Washington demeure le cadre privilégié pour traiter de la dimension interétatique du conflit entre la RDC et le Rwanda.
  • Le processus de Doha conserve sa vocation à gérer la cessation des hostilités et le cantonnement du groupe rebelle AFC/M23.

Toutefois, le Président congolais estime qu’aucun accord diplomatique ne peut, à lui seul, réconcilier les communautés ni définir à la place des Congolais le modèle d’État qu’ils souhaitent bâtir. Ce Dialogue national se veut donc le volet intérieur indissociable de la recherche de la paix.

C’est sur le plan méthodologique que ce dialogue entend se démarquer des grands rassemblements politiques du passé. Au lieu de débuter à Kinshasa, le processus s’enracinera directement dans les 26 provinces du pays.

  1. Les consultations provinciales
    Avant toute grande messe nationale, des forums provinciaux seront organisés dans chaque chef-lieu. Ils réuniront un spectre très large de la population : autorités locales, parlementaires, partis de la majorité comme de l’opposition, société civile, confessions religieuses, chefs coutumiers, mais aussi agriculteurs, enseignants, jeunes, femmes et représentants de la diaspora. Chaque province dressera son propre diagnostic sur la sécurité, les conflits fonciers et l’administration.
  2. Les assises nationales à Kinshasa
    Les données et propositions recueillies en provinces seront consolidées dans un document de synthèse nationale qui servira d’agenda unique aux travaux de Kinshasa.
    Des règles du jeu claires : Pas de marché politique, pas d’impunité
    Le chef de l’État a fixé des lignes rouges strictes quant à la participation et à la portée de ce forum :
  • Nul ne sera exclu pour ses opinions politiques ou ses origines. En revanche, le dialogue ne sera pas une table de négociation avec des mouvements armés. « Aucune arme ne conférera à son porteur un droit supérieur à celui que le suffrage reconnaît au citoyen », a martelé le Président.
  • Le forum ne conduira ni à la suspension ni à la prolongation artificielle du mandat des institutions démocratiquement établies.
  • Si une voie de réintégration et de démobilisation demeure ouverte à titre individuel pour les combattants renonçant à la violence, Félix Tshisekedi a exclu toute amnistie pour les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les violences sexuelles.
  • Des instructions ont été données au gouvernement pour préparer des mesures d’apaisement afin de favoriser le retour de compatriotes éloignés du jeu politique et d’assainir le climat du débat public.

Pour concrétiser cette annonce, le Président promulguera dans les prochains jours une ordonnance créant le Comité d’organisation, chargé d’assurer la préparation logistique. Il convoquera ensuite officiellement le Dialogue et installera une Commission préparatoire au sein de laquelle siégeront notamment les confessions religieuses.

L’ensemble des travaux s’étalera sur une durée maximale de trois mois et devra déboucher sur la signature d’un Pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État.

Afin de ne pas reproduire les erreurs du passé, le respect des engagements pris dans ce Pacte sera suivi à travers une matrice publique déclinée par institution (Présidence, Gouvernement, Parlement), assortie d’échéanciers rigoureux et de rapports d’exécution périodiques.
Un appel au sursaut patriotique

En conclusion de son discours, Félix Tshisekedi a lancé un appel vibrant à la jeunesse, à la classe politique et aux forces morales du pays, les invitant à dépasser les querelles de préséance et la haine tribale.

« L’heure n’est plus aux postures stériles […]. Il nous appartient de transformer les souffrances d’hier en fondations pour demain », a-t-il affirmé, déclarant officiellement ouvert ce chantier de refondation nationale.

La Rédaction.

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