
À peine les rideaux tombés sur la première édition de la Conférence nationale des infrastructures et travaux publics, le ministère des ITP passe à l’acte. Sitôt dit, sitôt fait : moins d’une semaine après la signature solennelle de la Déclaration de Kinshasa, les équipes se remettent au travail pour concrétiser l’un des engagements phares de cette rencontre historique relative à la convocation de l’atelier de lancement de la commission nationale pour l’élaboration des normes . Un atelier d’élaboration s’ouvre en début du Mois de Mai , sous la houlette d’un homme dont le parcours inspire autant qu’il rassure : Firmin Kiala Ki-N’soki, ingénieur de renom, ancien cadre des Nations Unies, et désormais maître d’œuvre de la refonte normative du secteur.
Un choix judicieux opéré par John Banza Lunda, l’artisan de ces nouvelles perspectives pour des infrastructures aux normes congolaises.
Un engagement sur tous les fronts
L’urgence se lit dans les actes. Lors de la conférence qui s’est achevée vendredi 10 avril, l’absence de normes harmonisées avait été pointée comme l’un des handicaps majeurs du pays : « un manque de référentiels techniques nationaux adaptés au contexte climatique et environnemental de la RDC ».
Face à ce vide, la feuille de route 2026-2030 a inscrit le lancement des activités de l’ atelier de lancement de la commission pour l’élaboration des normes parmi ses quatre livrables prioritaires, aux côtés de la Déclaration de Kinshasa, du mécanisme de suivi par indicateurs de performance et de la restructuration des offices publics.
« Derrière la conférence, il y a la commission des normes qui va développer des exigences qui devront servir de boussole dans la mise en œuvre des projets », avait prévenu Firmin Kiala Ki-N’soki, Directeur de cabinet du ministre John Banza Lunda, quelques heures avant la clôture des travaux.
La boussole est désormais en chantier.
Un capitaine d’exception à la baguette
Pour coordonner ces assises techniques d’envergure, le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, a confié la baguette à son directeur de cabinet. Un choix que tout indique comme éminemment éclairé.
Ingénieur diplômé de l’INBTP (Institut national du bâtiment et des travaux publics), de l’École nationale des sciences géographiques de Paris et de l’Université Paris XII,troisième cycle. Firmin Kiala Ki-N’soki cumule une double compétence de pointe : la conception géographique et la rigueur du génie civil. Spécialiste reconnu des infrastructures de transport et des routes en terre non urbaines – un enjeu crucial pour désenclaver les territoires ruraux de la RDC –, il est également enseignant à l’INBTP, où il transmet son savoir-faire aux futures générations d’ingénieurs congolais.
Son parcours international ajoute à la légitimité. Ancien cadre des Nations Unies, il a passé plus de quinze ans à l’UNOPS (Bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets), où il a occupé les fonctions de Senior Business Development et de chef de projets en Afrique de l’Ouest. Une expérience terrain qui lui a appris à concilier qualité, coûts et délais – ce qu’il nomme le « triangle d’or » du secteur des infrastructures.
« Tant que nous n’aurons pas fait une approche basée sur le triangle d’or, nous aurons toujours des difficultés. Si vous voulez avoir la qualité, il faut y mettre les coûts correspondants et respecter les délais. Les trois éléments doivent aller de pair », martèle-t-il.
Une commission au service de la souveraineté économique
Concrètement, cette commission devra produire un corpus normatif couvrant quatre domaines essentiels.
Premièrement, les normes obligatoires des matériaux de construction (BTP) , afin de garantir la qualité et la traçabilité des intrants utilisés sur les chantiers publics et privés.
Deuxièmement, les normes sur la résilience climatique, pour que les ouvrages résistent aux épisodes météorologiques extrêmes et aux régimes hydrologiques instables, conformément aux engagements pris dans la Déclaration de Kinshasa.
Troisièmement, les normes sur les constructions et le bétonnage, qui fixeront les standards techniques pour les bâtiments administratifs, les écoles, les hôpitaux et les infrastructures de génie civil.
Quatrièmement, la certification aux normes internationales harmonisées, afin d’aligner les pratiques congolaises sur les meilleurs standards mondiaux et de rassurer les investisseurs.
Un atelier sous le signe de l’opérationnalisation immédiate
L’atelier qui s’ouvre au début du mois de Mai s’inscrit dans une dynamique d’action rapide. Conformément au calendrier arrêté lors de la conférence, la Commission nationale des normes doit être opérationnelle dans les meilleurs délais, avec un objectif clair : produire un référentiel technique national qui servira de « boussole » à l’ensemble des acteurs du secteur. Les travaux s’articuleront autour de sessions techniques spécialisées, associant experts nationaux, ingénieurs, architectes, représentants des universités et partenaires internationaux.
L’enjeu : sortir de l’improvisation
L’objectif affiché est sans ambiguïté : sortir de l’improvisation, mettre fin aux dérives de coûts et aux surfacturations, et garantir que chaque ouvrage public – route, pont, école, hôpital – réponde à des standards de durabilité et de sécurité. Dans un pays où seulement 5 % des routes sont revêtues, où l’enclavement chronique freine le développement, et où l’absence de normes a trop souvent servi de terreau à la corruption, disposer d’un référentiel clair et contraignant, c’est poser la première pierre d’un État régulateur.
« Nous croyons effectivement que demain les choses seront différentes. Dans la mesure où nous avons effectué ce travail d’implication de tous les acteurs, où nous avons réuni toutes les intelligences en matière d’infrastructure, la réussite est certaine », avait assuré le Directeur de cabinet à l’issue de la conférence.
Cet va mettre cette conviction à l’épreuve du terrain. Mais avec un chef d’orchestre de cette trempe, la partition promet d’être à la hauteur de l’ambition : bâtir, enfin, sur des bases solides.
Rédaction.
