Finances publiques en RDC : L’IGF transitionne vers l’ère du « Contrôle Systémique » afin d’assurer la continuité de la lutte anti-corruption.

La conférence de presse marquant le lancement officiel de la diffusion du « Contrôle Systémique », le tout dernier paradigme de l’Inspection Générale des Finances (IGF), s’est déroulée dans un contexte fortement symbolique ce mercredi 20 mai. Christophe Bitasimwa Bahii, Inspecteur Général des Finances et Chef de Service, a présenté le bilan d’une année de réformes aux journalistes rassemblés à l’Amphithéâtre Félix-Antoine Tshisekedi. Il a ensuite exposé les principales orientations, les objectifs et les processus liés à cette importante transition technologique.

Nommé le 7 mai 2025 et ayant démarré officiellement le 15 mai de cette même année, le Chef du service de l’IGF fête aujourd’hui, avec une année d’exercice derrière lui, un parcours marqué par des enjeux majeurs en termes de gouvernance et de civilisation des finances publiques.

Avant de planifier l’avenir de l’institution, Christophe Bitasimwa Bahii a voulu rassurer le public : « sans relâche », le travail de l’IGF a continué et montre des résultats tangibles. Au cours des douze derniers mois, les tâches de supervision et de contrôle ont conduit à une transformation significative du paysage financier de l’État :

  • Mobilisation des recettes : Le répertoire des assujettis a été assaini avec l’intégration d’environ 3 000 opérateurs jadis introuvables ou inactifs. Les prises en charge ont bondi de 52 %, générant une hausse des recettes de l’ordre de 140 à 178 milliards de francs congolais. L’administration a également mis en recouvrement des dividendes à hauteur de 191,389 milliards de francs congolais.
  • Contrôle douanier et fiscal : L’établissement de 68 procès-verbaux pour infractions douanières a totalisé 196,522 milliards de francs congolais et 1,939 milliard de dollars. Les redressements fiscaux, douaniers et non fiscaux atteignent, quant à eux, l’équivalent de 2 000 milliards de francs congolais et 5 milliards de dollars.
  • Chasse aux « agents fictifs » : Au chapitre des dépenses, l’audit du fichier de la paie de 50 services administratifs a permis de détecter 38 597 agents fictifs et 1 007 doublons, pour un impact financier mensuel préservé de 15,786 milliards de francs congolais. Par ailleurs, une économie de 690 millions de dollars a été réalisée sur le remboursement des crédits tiers. 

Malgré ces statistiques, l’IGF souligne néanmoins que la gouvernance des entreprises publiques demeure « fragile ». Sans l’approbation préalable des contrôleurs, les taux d’anomalies financières auraient pu s’élever à 72,56 % pour les dépenses exprimées en francs congolais (équivalant à 9 000 milliards de FC).

Si la fameuse tactique de la « patrouille financière », qui se concentre sur une vérification préalable et simultanée, a réaffirmé l’autorité de la norme et positionné l’IGF comme un emblème national anti-corruption, l’analyse détaillée effectuée par la direction met aujourd’hui en lumière ses contraintes structurelles.

« Il n’est pas viable de poursuivre à l’identique la stratégie centrée sur la patrouille financière, qui traite ponctuellement les symptômes ou les conséquences des dysfonctionnements, s’est défendu le Chef de Service. Les réformes de gouvernance ne peuvent être pérennes que si l’État maîtrise les logiques systémiques qui produisent la défaillance. »

À l’heure où les fraudeurs utilisent l’intelligence artificielle et les flux financiers se complexifient à la vitesse du numérique, les méthodes de contrôle traditionnelles, manuelles et parfois perçues comme « policières » ou « étouffantes » par les gestionnaires, atteignent leurs limites. 

Le nouveau paradigme proposé par l’IGF se veut un contrôle permanent, en temps réel, interconnecté et analytique. Il repose entièrement sur la maîtrise de la donnée, la traçabilité et l’analyse intégrée de tous les circuits financiers (fiscaux, douaniers, budgétaires et bancaires). 

Ce modèle repose sur des piliers clairs :

  • Préventif : Il détecte les failles et les risques de fraude avant que les pertes financières ne surviennent. 
  • Numérique : Il s’appuie sur l’interconnexion directe des systèmes informatiques de l’IGF avec les plateformes sources des régies financières et des marchés publics. 
  • Analytique : Il croise les flux de données automatiquement pour établir des cartographies des risques et déclencher des interventions ciblées. 

L’ambition à long terme est de transformer l’IGF en un véritable centre neurologique de régulation financière au service de l’État congolais. 

En vue de concrétiser cette vision, conforme à la volonté de transparence du Président de la République et Chef de l’État, un plan stratégique décliné en six grands axes a été conçu. Son déploiement échelonné se déroulera sur une période de plusieurs années :

  • En 2026 : Focus sur la dématérialisation administrative, la mise en place de l’infrastructure numérique et le début de l’interconnexion aux plateformes sources de données. 
  • En 2027 : Poursuite des connexions techniques et lancement officiel des premiers modules du contrôle systémique. 
  • En 2028 : Consolidation globale de la structure et extension du modèle à mesure que l’appareil d’État se digitalise.

Le budget de cette modernisation est évalué à un certain montant dont 22 millions de dollars sont d’ores et déjà sécurisés (soit 56 % du besoin), laissant un besoin de financement complémentaire de 17 millions de dollars. Un coût que l’IGF invite à relativiser au regard des milliards de dollars d’économies que ces garde-fous numériques vont générer pour le Trésor public. 

Adossée à une nouvelle charte éthique axée sur quatre valeurs cardinales notamment : l’intégrité, le professionnalisme, l’excellence et la redevabilité, cette réforme ne pourra réussir sans l’implication de tous. 

L’IGF appelle ainsi les professionnels des médias à jouer un rôle actif de relais. Une diffusion correcte, claire et pédagogique du fonctionnement du contrôle systématique est essentielle pour que l’opinion publique et les gestionnaires en comprennent les vertus protectrices et non punitives.

« Aucun pays au monde ne peut durablement se développer sans ordre financier », a conclu Christophe Bitasimwa Bahii, réaffirmant avec force la volonté de l’IGF de continuer sa tâche de sauvegarde des biens publics, exclusivement au profit de la Nation.

La Rédaction.

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