Ce tableau descriptif appelant à mieux mesurer l’économie pour mieux décider:le chantier statistique de la BCC

Fiabilité des données, réduction des délais, cohérence entre administrations, automatisation des échanges et accès du public : la Banque Centrale du Congo (BCC) veut moderniser en profondeur la production et la diffusion des statistiques macroéconomiques. Réunis à Kinshasa les 23 et 24 septembre 2026, producteurs et utilisateurs de données ont confronté méthodes, difficultés et pistes d’amélioration. Derrière ce chantier technique se joue un enjeu essentiel : disposer d’une représentation suffisamment fidèle et rapide de l’économie congolaise pour mieux éclairer la décision publique.
Combien l’économie congolaise produit-elle réellement ? À quel rythme les prix évoluent-ils ? Que révèlent les échanges avec l’extérieur ? Comment apprécier la situation des finances publiques et l’évolution de la masse monétaire et du crédit ?
Ces questions ne concernent pas uniquement les économistes. Une banque centrale qui définit son orientation monétaire, un gouvernement qui prépare son budget, une entreprise qui envisage un investissement ou un chercheur qui analyse la conjoncture ont un besoin commun : des informations économiques fiables, cohérentes et disponibles à temps.
C’est autour de cet enjeu que la BCC a réuni, les 23 et 24 septembre à Kinshasa, des responsables et experts provenant notamment des ministères du Plan, des Finances et du Budget, de l’Institut National de la Statistique et de la Direction Générale des Douanes et Accises.
L’objectif dépassait la présentation de séries statistiques. Il s’agissait d’examiner toute la chaîne de l’information économique, depuis la collecte jusqu’à la diffusion, afin d’en identifier les insuffisances et les pistes de modernisation.
Le chiffre au service de la décision
À l’ouverture des travaux, un enjeu est mis en avant par le Directeur Général de la BCC en charge de la Politique Monétaire : « On ne peut piloter efficacement une économie sans mesurer avec précision ses agrégats. »
Pour une banque centrale, l’exigence est particulièrement forte. L’évolution des prix, de la masse monétaire, du crédit, du taux de change, de l’activité économique, des finances publiques et des échanges extérieurs contribue au diagnostic qui précède les décisions de politique monétaire.
Encore faut-il que ces informations soient suffisamment robustes et qu’elles puissent être rapprochées les unes des autres. Une donnée exacte mais disponible trop tard perd une partie de sa valeur décisionnelle ; une information rapidement produite mais insuffisamment contrôlée peut, à l’inverse, conduire à une lecture erronée de la conjoncture.
Les travaux ont ainsi couvert les quatre grands ensembles de la comptabilité macroéconomique : le secteur réel, les relations extérieures, les statistiques monétaires et financières ainsi que les finances publiques.
La question centrale est celle de leur articulation. Si les statistiques montrent, par exemple, une progression des exportations, cette évolution doit pouvoir être rapprochée des données retraçant les transactions avec le reste du monde. Lorsque des écarts apparaissent, ils doivent être identifiés, documentés et expliqués.
Cette cohérence permet aux différentes institutions de parler, autant que possible, le même langage économique.
Fiabilité, rapidité, pertinence et cohérence
Au cours de la seconde journée, quatre exigences ont été mises en avant : la fiabilité, la disponibilité en temps opportun, la pertinence et la cohérence.
La fiabilité dépend de la qualité des sources et des méthodes. La disponibilité en temps opportun pose la question des délais de production et de transmission. La pertinence suppose que les statistiques répondent effectivement aux besoins d’analyse. La cohérence exige enfin que chaque indicateur soit examiné comme une composante d’un ensemble.
Cette dernière dimension est essentielle. Les finances publiques, le secteur monétaire, l’économie réelle et les échanges extérieurs interagissent constamment. Une lecture pertinente de la conjoncture suppose donc de pouvoir rapprocher les informations provenant de ces différents secteurs.
Automatiser et mieux partager les données
Le chantier concerne également la circulation de l’information entre institutions.
Parmi les pistes présentées figure l’automatisation des échanges de données. L’objectif est de réduire progressivement la dépendance aux transmissions manuelles de fichiers au profit de mécanismes plus structurés, sécurisés et réguliers.
Une telle évolution pourrait raccourcir les délais et limiter certaines erreurs de manipulation. Mais la technologie ne suffit pas. Elle suppose l’harmonisation des définitions et des formats, une clarification des responsabilités ainsi que des procédures de validation, de sécurisation et de traçabilité.
Une deuxième orientation concerne la modernisation de la banque de données macroéconomiques. Il s’agit non seulement de conserver les séries, mais également de mieux les documenter : définition des indicateurs, sources, unités, périodicité, méthodologie et dates de mise à jour. Car un chiffre devient véritablement utile lorsqu’il est possible de savoir précisément ce qu’il mesure et comment il a été produit.
Vers un portail public de données
La transformation envisagée comporte enfin un volet directement tourné vers le public : le développement d’un portail de données macroéconomiques.
Chercheurs, journalistes, étudiants, entreprises, investisseurs et citoyens pourraient ainsi accéder plus facilement aux séries disponibles et à leur documentation. L’enjeu n’est pas simplement de publier davantage de chiffres, mais de rendre l’information économique compréhensible, documentée, comparable et exploitable.
Cette ouverture procède d’un objectif plus large de transparence. Une donnée publique gagne en valeur lorsqu’elle peut être retrouvée, comprise et réutilisée.
La réussite du chantier dépendra toutefois de la coordination entre les institutions. La BCC produit certaines statistiques, mais reçoit également des informations issus d’autres administrations. L’efficacité de l’ensemble suppose donc des définitions partagées, des calendriers mieux articulés, des formats compatibles et des responsabilités clairement établies.
Les journées des 23 et 24 septembre constituent ainsi une étape dans un chantier appelé à se poursuivre. Car moderniser les statistiques ne revient pas simplement à produire davantage de chiffres. Il s’agit de disposer d’une information fiable, disponible au bon moment, cohérente et accessible.
Mieux mesurer l’économie congolaise, c’est d’abord mieux la comprendre. Et mieux la comprendre, c’est donner aux décideurs comme au public de meilleures bases pour apprécier les choix économiques qui engagent le pays.

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